Résolution sur la situation politique adoptée lors du Conseil Politique National du NPA-L'Anticapitaliste des 5 et 6 juillet 2025.
Partie 1
Un approfondissement des tensions économiques, et de l’incertitude
Dans un contexte de crise profonde du capitalisme, même le réarmement ne semble pas être un facteur de stabilisation économique et de relance significative des taux de profit. Les politiques mises en œuvre par les bourgeoisies, tant au niveau national qu’international ne font qu’accroître l’instabilité de la situation.
La guerre commerciale menée par Trump alimente le grand ralentissement mondial actuel, c’est la raison pour laquelle, selon la Banque mondiale, la croissance de la décennie 2020 est la plus faible depuis les années 1960… L'incertitude que crée cette politique conduit à menacer le financement même de la dette des États-Unis, considérée pourtant, jusque-là, comme l'investissement le plus sûr. Un krach sur le marché de la dette n’est d’ailleurs plus exclu.
En France, particulièrement touchée par la faiblesse de la croissance, la solution de la bourgeoisie est de transférer toujours plus d’argent du public vers le privé en mettant le capitalisme sous perfusion : le montant des subventions aux entreprises atteint entre 160 à 200 milliards d’euros par an. Les coupes annoncées dans le budget 2026 s'élèvent à plus de 40 milliards d'euros. L’objectif annoncé par Macron d’augmenter d’un tiers la part des dépenses militaires dans le PIB d’ici 2030 est annonciateur d’attaques encore plus violentes contre le salariat et les dépenses sociales. Les batailles autour du vote du budget d’austérité et des dépenses sociales seront centrales et pourraient aboutir à accroître l’instabilité politique en cas de chute du gouvernement Bayrou.
Face aux menaces militaires impérialistes pour les peuples : solidarité internationale, luttes anticoloniales, guerre à la guerre !
Ces tensions économiques se déroulent alors que les impérialismes avancent partout leurs positions dans le monde et provoquent des conflits armés lourds de conséquences pour les peuples. La guerre déclenchée par l'État colonialiste et criminel d’Israël contre la République islamique d’Iran mène le Moyen-Orient vers le précipice. Malgré le cessez-le-feu entre l’Iran et l’Etat d’Israël, c’est bien le chaos qui avance dans la région.
Pour le NPA, il s’agit ici d’exprimer notre solidarité et de combattre les complicités de notre propre impérialisme. Nous dénonçons la guerre menée par Netanyahou et soutenue militairement et financièrement par Trump, Macron, Merz. Nous dénonçons les volontés de changement de régime menées par bombes et missiles dont on a vu les conséquences dramatiques en Irak. Nous apportons notre soutien aux organisations des peuples d’Iran qui luttent contre l’impérialisme occidental et le régime dictatorial et réactionnaire des mollahs, nous travaillons à construire une solidarité unitaire, anticoloniale et internationaliste.
En Ukraine, après les pressions exercées par Trump, les USA ont suspendu les dernières livraisons d'armes votées par l'administration Biden et en ont détourné une autre partie vers Israël. La Russie de Poutine a intensifié dans le même temps ses bombardements sur les populations civiles, en multipliant le nombre de missiles et drones frappant l'Ukraine quotidiennement par 15 en un an. Poutine comprend bien que l’heure est à l’impunité totale au niveau international et en profite pour accélérer sa politique coloniale et faire plier obtenir la capitulation complète de l’Ukraine.
Dans ce contexte critique, il est essentiel de rappeler que les peuples ne sont pas uniquement des victimes mais des acteurs de la résistance, armée et non armée, et défendre leur droit à s'autodéterminer, pour une « paix juste et décoloniale ». A fortiori, quand toute une partie de la gauche et de l'extrême-gauche s'oppose à toute forme de solidarité avec l'Ukraine. Nous incitons les comités à se saisir des campagnes Ukraine, par la diffusion de notre matériel et l'organisation, unitaire lorsque cela est possible, d'évènements et réunions publiques locaux.
Notre solidarité à la résistance ukrainienne ne vaut pas pour autant soutien aux plans de réarmement des impérialismes aux quatre coins du globe (à commencer par les USA, la Russie, la Chine et ReArm Europe en France et en Allemagne). Le réarmement des grandes puissances de l'UE est avant tout guidé par le développement des exportations d'armes vers des dictatures et d'autres impérialismes (pays du Golfe, Inde, etc.) et continue d'alimenter un génocide en Palestine.
Cela se traduit notamment par l’industrie qui opère une reconversion vers des productions d’armement. L’industrie de l’automobile est particulièrement en pointe dans ce tournant : Audi en Belgique, Fiat en Italie, des usines Volkswagen en Allemagne… et en France les Fonderies de Bretagne (Renault), en redressement et en attente d’un repreneur, viennent d’être « sauvées » en réorientant ses chaînes de production, de la fonte automobile à l’obus de mortier.
Cette nouvelle dimension donne à la mobilisation dans ces secteurs un capital stratégique antimilitariste important. Notre propagande doit combiner interdiction immédiate d'exportations d'armes vers les pays agresseurs, prioritairement Israël, et droit de s'armer pour les peuples agressés, tout en défendant une perspective de démarchandisation complète des productions d'armes et leur mise sous contrôle démocratique. Les actions syndicales des dockers du port de Marseille, des salariés de ST Micro ou encore des enseignant·es en solidarité syndicale et militante avec la Palestine, sur leurs lieux de travail, au plus près de la production, trace des perspectives de luttes pour ces prochains mois.
Toutes les guerres, à commencer par celles de Poutine et Netanyahou, sont les carburants du réarmement mondial que les peuples et les travailleurs.euses doivent combattre. En France, la coalition Guerre à la guerre (GàG) est un point d’appui pour construire les mobilisations, en commençant par notre propre impérialisme et contre les entreprises françaises. La mobilisation contre le salon du Bourget fin juin organisé par GàG a permis d'associer notamment la CGT 93, Solidaires 93, FSU 93, BDS, Nous Toutes, la relève féministe, Attac et les organisations de la coalition Guerre à la Guerre. Même s’il a été difficile d’organiser une réelle mobilisation nationale, le NPA est en position d'avoir des contacts localement avec les organisations de la coalition GàG (SDT, UJFP, cadres Palestine, antifa, féministes…) et notamment Stop Arming Israel. Elle a permis aussi de s'organiser avec les organisations décoloniales (CVD, Sahara). Notre organisation, au carrefour de ces cercles militants et des organisations plus larges du mouvement, doit jouer un rôle unifiant et entraînant, en prenant des initiatives locales, en essayant des cadres pérennes anti-guerre, en préparant une rentrée militante (dans la jeunesse notamment). Notre organisation, au carrefour de ces cercles militants, doit jouer un rôle unifiant et entraînant, en prenant des initiatives locales, en constituant des cadres pérennes anti-guerre, en préparant une rentrée militante (dans la jeunesse notamment).
Unifier et amplifier la mobilisation contre le génocide !
Gaza a connu ces dernières semaines les journées les plus meurtrières depuis le 7 octobre. Et la pression sur la Cisjordanie s’accentue. Avec l’utilisation de l’aide alimentaire comme outil du nettoyage ethnique, l’État d’Israël franchit une nouvelle étape dans l’horreur. Plus que jamais, il y a urgence à imposer un cessez-le-feu, l’ouverture du blocus de Gaza et l’entrée massive d’aide humanitaire.
Autour de l'arraisonnage de la Flottille pour la libération de Gaza la mobilisation contre le génocide a semblé prendre un nouveau souffle avec des mobilisations renouant ou dépassant parfois les niveaux les plus hauts des mobilisations post-7 octobre. Cette dynamique met en mouvement des personnes jeunes qui pour la plupart s’étaient tenues à l’écart des précédentes mobilisations et ne venant pas directement des cercles activistes habituels. Par ailleurs, une mobilisation syndicale sur la question émerge par des appels nationaux et des actions sectorielles (industrie, dockers, aériens).
Tous ces éléments sont des points d’appui pour avancer vers l’unification d’un mouvement de solidarité qui continue d’être dispersé et clivé et rendent plus concrète ce que peut être la solidarité internationale. Nous essayons à la fois de pousser à des actions unitaires variées et larges avec partis, associations et syndicats. Ça peut passer par la mise en place de cadres syndicaux ad hoctype « Syndicats avec la Palestine ». Nous œuvrons au déploiement de la campagne BDS sur les lieux de travail. Nous renforçons les divers comités d’individu·es et nous nous relions aux initiatives plus minoritaires (comme les occupations) en les ouvrant vers l’extérieur et en en faisant des lieux d’organisation de la mobilisation. Dans ces différentes interventions nous mettons en avant les revendications contre le génocide, contre la répression des militant·es et la dissolution d’UP, pour des sanctions contre l’État d’Israël jusqu’à la réalisation des droits des Palestinien·nes.
Une accentuation de la guerre faite au vivant !
La situation sur le plan de l’écologie n’est pas moins catastrophique et s’apparente à une guerre faite au vivant… Les concentrations des gaz à effet de serre dans l’atmosphère ne cessent de progresser. Celle de CO2 a atteint 423 parties par million (ppm) en 2024, soit 50 % de plus qu’à l’époque préindustrielle, et une valeur inédite depuis plus de deux millions d’années. Il est désormais acquis selon une étude d’un collectif de chercheurs parue le 19 juin que les objectifs de l’Accord de Paris de 2015 ne seront pas atteints, mais qu’en plus, nos réserves de carbone seront épuisées dans trois ans. Ce qui empêche irrémédiablement de limiter le réchauffement à 1,5 °C.
Les catastrophes climatiques vont donc continuer d’augmenter à l’image des feux qui ont ravagé la Californie en janvier, et continuent de détruire la forêt au Canada et dans le New Jersey.
Le récent sommet de Nice, qui s’est achevé le 13 juin, a accouché de quelques avancées, largement surestimées par la communication élyséenne en ce qui concerne la protection des aires marines de la France – lesquelles se trouvent, notons-le, principalement en Polynésie française – déjà protégées de la pêche industrielle depuis de 2017. Ce qui fait dire à Claire Nouvian, de l’ONG Bloom, qu’il s’agissait d’un « mensonge d’État ».
Les reculs sociaux et démocratiques s’accompagnent logiquement d’une régression des mesures écologiques que les gouvernements au service des capitalistes étaient capables de prendre et d’une intensification de l’exploitation des animaux (loi Duplomb qui réintroduit l’acétamipride néonicotinoïde, facilite l’installation de mégabassines pour l’élevage intensif et relève les seuils d’autorisation des élevages classés ICPE). Nous continuons à défendre la nécessaire décroissance et la reconversion des secteurs polluants et inutiles vers la satisfaction des besoins sociaux, surtout dans le cadre des plans de licenciements. Nous défendons aussi la nécessaire prise de mesures contre toutes les pollutions diverses (PFAS, pesticides, cadmium, etc.) qui affectent la santé et la vie des humain.es et des animaux et les atteintes faites à l’environnement.
De Calais à la Californie, stop à la chasse aux migrant.es
Aux États-Unis, Trump accélère sa politique raciste et envoie la garde nationale pour soutenir les opérations de kidnapping de masse perpétrées par l’ICE. Le haut degré de résistance (barricades, autoprotection des populations) par celles et ceux qui sont visés par ces opérations, soutenu.es par les militant.es du mouvement ouvrier traditionnel (les syndicalistes notamment, comme David Huerta du SEIU-USWW), a sans doute surpris tout le monde à commencer par le gouvernement américain.
En France aussi le gouvernement fait dans la surenchère raciste avec l’extrême-droite, en organisant la chasse aux sans-papiers de Calais à Belleville, en communiquant le plus souvent possible sur les OQTF et leurs exécutions ; les migrant.es en lutte et leurs soutiens sont criminalisés et le niveau de répression qui s’abat sur elles et eux est extrêmement fort.
En tant que militant·es révolutionnaires, nous soutenons les luttes et l’auto-organisation des personnes migrantes, et construisons des cadres unitaires porteurs de revendications fortes : la liberté de circulation et des papiers pour toustes, et une protection réelle et inconditionnelle des mineur·es étranger·es, fondée sur l’accueil, l’éducation, un hébergement digne et un accompagnement adapté, contre un système qui les maltraite ou les abandonne.
La lutte contre l’islamophobie : une activité difficile, mais dans laquelle le NPA-A est à l’avant-garde !
La lutte contre l’islamophobie, à la suite de l’assassinat d’Aboubakar Cissé, a été redynamisée, principalement par l’organisation d’une manifestation nationale le 11 mai. Toutefois, l’accélération de l’islamophobie n’a pas encore permis de structurer un cadre de mobilisation national pérenne. Dans les deux cadres nationaux principaux d’organisation, celui de la marche du 11 mai (structurée autour d’Amal Bentounsi et des organisations antiracistes proches de LFI) et Stop islamophobie ! (structuré en mixité autour de militant·es expérimenté·es, concerné.es ou non, qui s’étaient mobilisé.es depuis 2004), nous sommes le seul parti à avoir joué un rôle moteur, Ces deux cadres ont traversé une crise autour de la visibilité musulmane (loi de 2010, pratique du culte). Nous constatons la difficulté à se structurer durablement sur les revendications qui sont les plus consensuelles parmi les premier.es concerné.es – et notamment l’abolition de la loi de 2004 – et c’est notamment un réel obstacle à l’élargissement d’une mobilisation par la participation des syndicats et des associations.
Tant en raison des agressions islamophobes qui se multiplient, qu’à travers les positionnements que nous devons assumer pour défaire le consensus blanc, notre clarté sur la visibilité musulmane va être cruciale.
Nous avons le projet de reconstruire un cadre unitaire, à notre initiative, en l’articulant à la campagne « Reprenons la rue ». Les rivalités propres au milieu antiraciste parisien rendent incertaine cette initiative, que nous pourrions néanmoins tenter d’initier par d’autres cadres à travers le NFP si nous devions échouer.
Par nos réunions publiques, nous nous attachons à construire des initiatives à la base en fonction des milieux militants locaux. Les campagnes publiques sont globalement un succès : elles peuvent ou bien questionner les biais racistes qui existent dans la société comme dans les cadres militants ou bien participer à renouveler la confiance dans les espaces politiques des concerné.es, et doivent être conjointes à des initiatives pour constituer des collectifs locaux là où c’est possible. Au-delà d’utiliser le 4 pages dédié dans notre propagande, nous avons organisé plusieurs projections du film 2004/2024, 20 ans d’une loi d’exclusion et des formations sur l’islamophobie.
Au vu de la place des polémiques médiatiques, il nous faut également travailler à un format pour publiciser des réactions rapides, appuyées sur notre analyse globale de l’islamophobie, adaptées au rythme des polémiques islamophobes hebdomadaires, pour renforcer notre réactivité et notre visibilité.
Face à l’offensive réactionnaire, mener la riposte antifasciste
Dans un contexte de montée des actes racistes et islamophobes, le gouvernement de droite a fait un choix clair en prononçant la dissolution de la Jeune Garde et bientôt celle d’Urgence Palestine : il se soumet aux exigences du Rassemblement national et assume sans surprise de dissoudre une organisation dont la raison d’être est l’antifascisme. Tandis que les provocations, agressions et meurtres perpétrés par les fascistes se multiplient, la réponse de la gauche dans son ensemble, mais avant tout de la gauche révolutionnaire, doit être à la hauteur des enjeux : l’antifascisme ne sera pas effacé d’un trait de plume par Retailleau.
Organisation et riposte du mouvement LGBTI
L’offensive réactionnaire est évidemment à l’œuvre dans les nombreuses attaques contre les LGBTI ; elles ont particulièrement frappé les Prides et ce, partout dans le monde : interdiction de la Pride et fichage des personnes LGBTI en Hongrie, retrait des partenariats économiques avec Toronto de grandes entreprises américaines (relevant certes du pinkwashing) suite aux déclarations de Trump, retrait aussi de subventions pour l’inter-LGBT suite à l’affiche antifasciste qui appelait à la marche, présence à la Pride de Paris de l’association homonationaliste Eros soutenue par Retailleau, décision de la Cour suprême britannique contre les personnes trans… Il s’agit là d’attaques prévisibles et attendues par la communauté qui prévient depuis des années qu’elle est et sera toujours l’une des premières cibles de l’extrême droite. Partout, les communautés organisent leur auto-défense et la Pride de Budapest est le parfait exemple d’un mouvement de résistance construit par la base et de l’importance d’une solidarité internationale avec les personnes LGBTI : malgré l’interdiction de la marche, des centaines de milliers de personnes sont venues de toute l’Europe pour manifester contre un gouvernement fasciste. Il est primordial pour nous de participer à chaque mobilisation, chaque marche, chaque rassemblement organisé par les mouvements d’autodéfense LGBTI et d’y porter une orientation radicalement antifasciste, antiraciste, et pro autodétermination des peuples.
Services publics, retraite, PLFSS : une rentrée polarisée sur les budgets et contre-réformes d’austérité programmées
La Sécu est malade de ses recettes, pas de ses dépenses et les solutions pour notre camp social sont l’augmentation des salaires, l’égalité salariale femmes-hommes, la réduction du temps de travail et la réduction du chômage, l’augmentation des cotisations patronales au lieu de leur suppression. Ce sont les leviers qu’il faut défendre pour augmenter les recettes de la Sécurité sociale au lieu d’amputer les budgets des services publics.
L’échec du conclave laisse Bayrou nu pour imposer son plan d’austérité face à la menace de la censure lors des votes du budget de l’État et de la loi de financement de la Sécurité sociale à l’automne.
Nous devons nous employer à faire tirer les leçons de l’an passé : cantonner le combat pour la défense des retraites de la sécurité sociale et des services publics à la seule bataille parlementaire n’a mené qu’à l’échec. La mobilisation sociale doit être au rendez-vous, et c’est dès maintenant qu’il faut s’y préparer. La proposition du Tour de France pour la santé de construire dans l’unité cette mobilisation est un point d’appui pour notre intervention sur les lieux de travail et dans les mouvements sociaux.
Luttes sociales, grèves, manifestations… à la rentrée, faire mieux !
Vague de licenciements dans les entreprises, budgets d’austérité dans les services publics et les collectivités territoriales, attaques contre les chômeurs, contre la jeunesse, scandale du conclave sur les retraites, attaque contre le chômage du 1er mai... les motifs de mobilisations du monde du travail et de la jeunesse ne manquent pas ces derniers mois. Mais la réaction n’a pas été au rendez-vous.
Les plans de suppressions d’emplois et les restructurations s'enchaînent et touchent tous les secteurs. Plusieurs centaines de milliers d’emplois (500 probablement) qui sont menacés en France. Dans certaines entreprises les salarié·es tentent de résister : Vencorex, Michelin, Arcelormittal, Valéo, PSA, Renault… Mais ces luttes restent isolées et ne parviennent pas à inverser le rapport de force pour imposer le maintien des emplois. Si la CGT tente de visibiliser ces milliers de licenciements, la coordination entre les boîtes reste trop faible, les résistances restent locales, parfois non plus pour sauver l’emploi mais pour gagner des indemnités de licenciement plus élevées, … Le bloc bourgeois profite du rapport de force dégradé pour faire passer d'autres attaques contre les droits des salarié.es, comme l'extension du travail du 1er mai. C'est aussi une attaque majeure contre la journée commune de lutte des travailleurEs du monde entier. Moins de monde en manif, plus de monde au travail, c'est le rêve de la bourgeoisie. L’enjeu pour les militant.es révolutionnaires, dans les organisations syndicales mais aussi en tant que parti, est de mettre à l’agenda social la coordination des résistances, le droit de contester le pouvoir des patrons sur nos emplois, sur les choix de production.
Dans la jeunesse, les étudiant.es se sont lancé.es dans des mobilisations sur les campus contre la situation financière dramatique des universités à partir de la rentrée de janvier, mais celles-ci ont manqué notamment de coordination nationale pour construire un réel rapport de force avec le gouvernement.
Dans la fonction publique, alors que le PLF 25 a consacré des attaques frontales contre les services publics et les agent.es (et notamment la baisse de l’indemnisation en cas de CMO), les mobilisations des 3 avril et 13 mai n’étaient pas en mesure de préparer les travailleurs.euses à la bagarre. Le 5 juin, journée de grève et de mobilisation à l’appel de la CGT pour les retraites et les salaires, a été largement peu préparé à la base et finalement assez déconnecté des préoccupations des travailleurs.euses. Le refus de Solidaires de s’associer à cette journée a définitivement enterré la possibilité de construire quelque chose d’un tant soit peu utile. Pour la CGT, la question des retraites ne doit pas être soldée et reste une épine dans le pied de Macron. C’est juste, en partie :
- juste car la question des retraites reste la mère des batailles, permet de mettre des millions de salarié.es dans la rue car elle touche aux questions centrales du temps de travail, de la dignité des travailleurs.euses. C’était le sens de la réussite de la journée de grève du 5 décembre 2024 contre les 3 jours de carences dans la FP.
- en partie, car la défaite de 2023 pèse fortement sur la dynamique à réenclencher ; les équipes syndicales et militantes sur le terrain sont affaiblies sur cette revendication-là et peinent déjà à organiser des cadres d’auto-organisation qui permettraient de mettre en mouvement les collègues.
À la rentrée, l’enjeu militant est de discuter le plus largement possible, à toutes les échelles, de la section syndicale à l’UD en passant par les UL et les interpros, mais aussi là où c’est possible au sein de fronts social et politique qui rassemblent OS, collectifs militants, partis… Discuter collectivement des mots d’ordres à mettre en avant pour gagner et entraîner : retraite, salaires, budgets, chômage du 1er mai, emplois, licenciements, jeunesse, prix, TVA/cotisations… En 2009, lors de la grève générale en Guyane et dans les Antilles, la construction unitaire d’une plateforme revendicative popularisée pendant des semaines avant le déclenchement de la grève a été l’un des éléments essentiels pour gagner, pour lutter. Discuter collectivement aussi de la mise en musique, au plus près des collectifs de travail mais aussi dans la coordination des résistances.
Pour un front social et politique uni
Le NFP est-il toujours un outil majeur au service de notre camp social ? Va-t-il exploser autour des questions électorales (municipales 2026 voire législatives anticipées) ? Le cadre national et les réalités locales sont très divers, cependant il n’existe pas de cadre unitaire qui fonctionne mieux que le NFP actuellement, les initiatives de la gauche révolutionnaire ou radicale (du type « Rejoignons-nous ») n’ont pas rencontré l’écho espéré dans notre milieu militant et débordent encore moins ce milieu. L’urgence politique et sociale ne suffit pas toujours pour l’instant à créer des cadres unitaires partis-syndicats-associations : les syndicats sont toujours réfractaires à un travail régulier avec les partis politiques et, de l’autre côté, un parti hégémonique, La FI, instrumentalise souvent ses partenaires syndicaux et politiques. Nous devons avancer sur une ligne de crête étroite et continuer de construire les cadres unitaires (comités NFP) là où ils existent. En tout cas, pousser à l’unité dans la rue et les urnes, même si nous ne traçons pas d’équivalence entre les deux, en insistant que dans la période, la mobilisation des travailleurEs et la démocratie ouvrière sont les seules solutions.
La question qui va polariser la situation politique à la rentrée sera la tentative de Bayrou de faire adopter 40 milliards de nouvelles coupes budgétaires pour continuer à subventionner le capital et financer la course à l’armement. Parallèlement, dans le privé, les restructurations, fermetures de sites et licenciements vont se poursuivre dans un blackout médiatique et politique inquiétant et alors que les OS peinent à proposer une réponse coordonnée.
Dans un tel contexte il nous semble que la colonne vertébrale de l’intervention du NPA doit être la constitution du front social et politique indispensable pour résister à l’offensive austéritaire et raciste redoublée qui résulterait d’un deal entre le RN et le gouvernement, pour que le mouvement ouvrier fasse irruption sur la scène politique.
Nous devons donc nous positionner à la rentrée prochaine comme l’aile la plus résolue et la plus radicale du front uni auquel notre camp aspire. A la rentrée, le NPA, nationalement comme localement, prendra contacts avec les organisations du mouvement social et les comités NFP là où ils existent pour construire les résistances nécessaires.
Partie 2
« Reprenons la rue » : une campagne du parti
Reprendre la rue c’est renouer avec les luttes, les grèves et les manifestations. Avec la mise en mouvement de notre camp social. Une mise en mouvement au sein de laquelle nous devons poser la question démocratique et de l'auto-organisation.
Nous faisons le constat que cela fait longtemps que nous n’avons pas eu de campagne commune à l’ensemble de l’organisation. Les seuls moments où elles ont lieu sont les campagnes présidentielles.
Nous prévoyons donc une campagne de rentrée qui a plusieurs vocations : 1/ mobiliser l’organisation dans son ensemble, 2/ nous unifier entre nous, 3/ articuler les priorités dont le congrès a été porteur pour répondre à la situation politique et sociale, 4/ recruter.
Cette campagne sera articulée à notre campagne dans la jeunesse.
Cette campagne n’est ni en opposition avec notre démarche unitaire, ni en opposition avec les municipales. Elle nous permet d’avancer à la fois sur notre jambe unitaire et notre jambe révolutionnaire.
Dans le cadre de la campagne, il nous faut quelques axes centraux qui permettent de rendre compte de nos exigences face à la situation sociale et politique à décliner en autocollants et affiches :
- Reculs sociaux et écologiques, et capitalisme subventionné :
Pas de cadeaux aux riches, aux profits et au productivisme, les travailleurs ne paieront pas l’austérité et la crise écologique !
Pour en finir avec l’austérité budgétaire et les inégalités
Reprenons notre sécu ! Pour le 100 % Sécu ! Pour des services publics de qualité : santé, éducation, transports, culture, reprenons la rue !
- Reculs démocratiques, offensive réactionnaire (féminisme, LGBTI), autoritarisme et racisme d’État :
Racisme, sexisme, autoritarisme et LGBTIphobie… Pour l’égalité des droits
Reprenons la rue !
Contre les violences et l’impunité judiciaire. Pour la justice et la dignité, reprenons la rue.
-
Colonialisme, impérialisme et guerre :
Pour les droits des peuples à décider pour eux-mêmes et contre les guerres impérialistes, reprenons la rue !
En solidarité avec la Palestine contre la guerre génocidaire, reprenons la rue !
Ces axes centraux permettent d’articuler des enjeux spécifiques et éventuellement leur déclinaison locale par les comités avec notre stratégie commune (mobilisation, manifestation, grève).
Un grand meeting central du NPA en région parisienne aura lieu en octobre-novembre afin de ponctuer la campagne. Une montée des camarades de régions sera organisée. Le but est de faire une grosse apparition réussie de notre parti. La thématique centrale du meeting pourrait être « Contre les guerres impérialistes et pour la résistance des peuples ». Le CPN de rentrée pourra modifier la thématique en fonction de l’actualité si cela est nécessaire.
Ce meeting serait dans l’idéal accompagné par une campagne de meetings nationaux avec notre pool de porte-paroles, en lien avec la construction sur les facs et dans la jeunesse. Le timing plus détaillé pourra également être précisé au CPN de rentrée.
####################### FIN DE LA PARTIE 2 ###################
Partie 1 (suite)
La jeunesse, notre priorité
Comme adopté au congrès, le développement des JA est une de nos priorités. Cette année plusieurs nouveaux groupes jeunes se sont structurés, tandis que d’autres déjà existants se sont renforcés grâce à une intervention locale dirigée vers la jeunesse (réunions publiques, syndicalisme étudiant, etc.). Pour continuer le développement de notre secteur jeune, nous menons une politique volontariste en direction des jeunes avec l’implication de l’ensemble du parti en appui des JA. Les comités locaux doivent essayer d'avoir une intervention vers les lieux d'études à proximité. La prochaine campagne de rentrée « Reprenons la fac », construite par les JA, en sera une étape importante. Le SNJ pourra être en soutien des comités NPA en manque de jeunes.
Du matériel (autocollants, 4 pages) sera disponible à l’UDT pour mener cette campagne à travers différentes actions : tractages sur les facs et lycées, tables lors des journées de rentrée, réunions publiques avec des portes paroles ou formations ouvertes en direction des sympathisant.es jeunes.
Par ailleurs, les JA organiseront à l’automne leur deuxième Conférence Nationale. Pour réussir cette échéance, il est essentiel que les comités communiquent à ce sujet auprès de leurs militant.es jeunes et facilitent leur inclusion aux travaux préparatoires.
Municipales
Dès la rentrée, les municipales seront un sujet politique important, le NPA lance le travail d’élaboration sur notre profil politique ainsi que sur les cadres d’alliance ou de soutien possible pour des listes d’une gauche de rupture