Publié le Samedi 23 mai 2026 à 09h00.

Le nettoyage ethnique de Jérusalem

Le contrôle total de Jérusalem constitue depuis longtemps un objectif central de l’État d’Israël. Depuis la Nakba, la ville possède un statut particulier : théoriquement conçue comme une « ville internationale », elle occupe une place centrale pour les grandes religions monothéistes et abrite d’importants lieux saints. 

Divisée en deux lors du plan de partage, la partie Est est occupée illégalement depuis 1967 par l’État d’Israël qui, depuis lors, n’a cessé d’imposer aux populations non juives qui y vivent des conditions de vie insupportables, dans le cadre d’une véritable politique de ­nettoyage ethnique.

Colonisation et expulsions

Dès 1967, Israël a annexé 70 000 hectares et placé une partie de ce territoire sous la juridiction municipale de Jérusalem. Dans les années qui ont suivi, l’État a consacré environ un tiers des terres annexées à la construction de colonies israéliennes. Depuis une dizaine d’années, ce processus connaît une brutale accélération dans les quartiers où vivent encore des Arabes.

Rien que la semaine passée, 1 800 personnes ont été menacées d’expulsion de leurs maisons dans le quartier emblématique de Silwan. Avec Sheikh Jarrah, ce quartier arabe figure parmi les plus visés par la politique israélienne de dépossession à Jérusalem-Est. Tous deux se situent dans ce que les autorités israéliennes appellent le « Bassin sacré », qui englobe également les quartiers musulmans et chrétiens de la vieille ville ainsi que le mont des Oliviers.

La richesse archéologique et historique de Silwan sert de prétexte à des politiques d’urbanisme destinées à limiter le ­développement palestinien et à renforcer le contrôle israélien sur la zone. Il suffit ainsi de classer un terrain en parc national, site archéologique ou réserve naturelle pour déposséder, dans les faits, les résidentEs palestinienNEs de leurs terres. Cette politique s’appuie aussi sur des ONG d’extrême droite chargées de faire « revivre » un passé largement fantasmé afin de légitimer idéologiquement la domination sioniste tout en effaçant les traces historiques ­incompatibles avec ce récit.

Dépossession et apartheid

Mais il ne s’agit pas de la seule méthode : les autorités israéliennes ont développé de multiples mécanismes de dépossession dans une logique d’apartheid. Les permis de construire sont accordés quasi exclusivement aux JuifVEs, rendant de fait illégales la plupart des habitations palestiniennes. La loi dite de l’absence permet également de transférer à des associations juives des biens achetés avant 1950. Plus récemment, la Cour suprême israélienne, tout en reconnaissant que certaines familles avaient acquis leurs maisons légalement, a estimé que les droits de propriété des colons ­primaient. Tous les recours juridiques se heurtent ainsi à la logique d’un État d’apartheid ethno-­racial et suprémaciste.

L’expulsion des PalestinienNEs de leurs foyers est menée au grand jour, à travers la législation, le système judiciaire et la coopération avec les organisations de colons, tandis que la vie quotidienne est rendue toujours plus insupportable par la négligence systématique des autorités et les violences constantes.

Les quartiers arabes sont privés d’infrastructures et de développement, tout en étant la cible de violences policières récurrentes. Du fait du statut particulier de Jérusalem, ses habitantEs palestinienNEs ne disposent pas de la citoyenneté israélienne mais d’un simple permis de résidence, que les autorités peuvent retirer à tout moment, notamment en cas de séjour prolongé à l’étranger ou d’engagement politique — comme dans le cas emblématique de Salah Hamouri.

Des violences quotidiennes

Le 14 mai, lors de la « journée de Jérusalem », l’extrême droite israélienne défile dans les rues de la vieille ville aux cris de « Mort aux Arabes » ou « Que vos villages brûlent », sous protection policière. Cette manifestation donne régulièrement lieu à des violences contre des passantEs, des commerces et des lieux saints, musulmans comme chrétiens. Depuis octobre 2023, ces violences sont devenues quasi quotidiennes dans la vieille ville.

À Silwan, comme dans d’autres quartiers palestiniens de Jérusalem ou dans les villages de Cisjordanie, l’État d’Israël mobilise tous les moyens à sa disposition pour déposséder les PalestinienNEs de leurs terres. Cette politique poursuit un objectif clair : créer un territoire à majorité juive en expulsant les PalestinienNEs ou en les concentrant dans des espaces toujours plus réduits.

La bataille des familles palestiniennes de Jérusalem pour conserver leurs maisons fait pleinement partie de la résistance à la colonisation, à l’occupation, au nettoyage ethnique et à l’apartheid. La situation de Jérusalem illustre de manière particulièrement claire la politique qu’Israël entend imposer aux populations placées sous son contrôle.

Édouard Soulier