Résolution sur la situation politique adoptée lors du Conseil Politique National du NPA-L'Anticapitaliste des 11 et 12 avril 2026.
Dans la résolution internationale du CPN des 18 et 19 janvier nous écrivions :
« L’affrontement économique et géostratégique entre les Etats-Unis et la Chine menace l’équilibre inter-impérialiste mondial actuel. A cela s’ajoute un affrontement de plus en plus ouvert pour l’accès aux ressources naturelles. Tout cela mène les affrontements inter-impérialistes à être de plus en plus assumés (en particulier par les Etats-Unis). C’est dans ce contexte qu’émerge une véritable fascisation des principales puissances impérialistes. (...)_
Les interventions impérialistes depuis la deuxième guerre mondiale étaient justifiées par une supposée défense de la démocratie ou des droits humains. Aujourd’hui le renforcement des politiques impérialistes est porté par la fascisation et le danger de basculement est bien réel._
Nous devons donc avancer dans la perspective d’un mouvement anti-impérialiste et antifasciste, qui prenne en compte les différents aspects de ces offensives, à savoir le racisme, le colonialisme et le militarisme. »
Ces éléments donnent toujours le cadre de la situation internationale et avec la guerre en Iran et au Liban ils connaissent une accélération.
L’accélération du repartage du monde par une fuite en avant-guerrière
Partout dans le monde, les agressions impérialistes et les conflits inter-impérialistes s'accélèrent, de Cuba à l'Ukraine, de l'Iran au Liban, de la Kanaky à la Palestine. Les impérialistes en crise poursuivent leur fuite en avant guerrière dont les peuples sont les premières victimes.
Le déclenchement de la guerre contre l’Iran, puis le Liban, marque une nouvelle étape dans les affrontements entre EU, Chine et Russie pour le partage de « zones d’influence ». De ce point de vue, en mettant la main sur les ressources en hydrocarbure du Vénézuela puis en tentant de faire de même en Iran, les EU déstabilisent les approvisionnements de la Chine.
A l’ombre de ces conflits des puissances régionales s’affrontent dans des guerres civiles dévastatrices pour les populations continuent, par exemple au Soudan (https://lanticapitaliste…), entre Pakistan et Afghanistan (https://inprecor.fr/afgh…).
Les conséquences internationales et nationales : aggravation de la crise économique et militarisation
Entre février et mars, les prix de l’essence ont bondi de plus de 20% (une telle hausse n’avait pas été constatée depuis 1967).
Cette augmentation est notable et les mécanismes d’une crise économique d’ampleur sont en place. Même en excluant les prix de l’énergie et de l’alimentation, l’inflation s’est accélérée par rapport au mois précédent ; elle s’élève à plus de 3% sur l’année 2025.
Elle se fait sentir en Europe et en Chine d’abord mais également aux Etats-Unis.
Dans un contexte où Trump a été élu sur la promesse d’augmenter le pouvoir d’achat, la contestation interne s’amplifie et s’enracine (mouvement « No Kings » avec plus de 8 millions de manifestantEs et 3300 rassemblements, mobilisations contre l’ICE).
De plus, la guerre rencontre peu de soutien et il pourrait tout à fait perdre énormément de sa capacité d’action après les élections de novembre. Des revers judiciaires ont déjà remis en cause une partie de ses mesures prises (droits de douanes notamment). Les marchés financiers se font désormais l’écho de cette instabilité.
Dans l’Union européenne, même si la réponse des bourgeoisies n’est pas unifiée, la militarisation et la marche à la guerre sont envisagées comme une réponse industrielle et politique à la crise. Ces fausses solutions permettent aux bourgeoisie européennes d’essayer de souder un bloc politique autour de la hausse des dépenses militaires et de l’indépendance énergétique.
Nous devons argumenter contre la possibilité d’une « transition énergétique » sous le capitalisme. En France, cette militarisation prend aussi la forme de la promotion du nucléaire comme réponse à la fois militaire, économique et écologique à la crise. Les conséquences de la crise impliquent de lier nos différentes propositions (socialisation groupes énergétiques et armement, services publics, blocages des prix, échelle mobile salaires, etc.).
Nos réponses et nos tâches internationalistes
Le cadre général de notre intervention articule l’opposition aux impérialismes et aux dictatures et droit des peuples à résister, y compris par les armes, et à s’auto-déterminer. Notre opposition à la guerre prend ainsi la forme d’un antimilitarisme internationaliste.
Nous recherchons la défaite des différents impérialismes (Russie, USA, France, Israël…), à commencer par notre propre colonialisme comme en Kanaky, tout en avançant la solidarité avec la résistance, y compris armée, des peuples.
Sur toutes ces questions, nous tentons de construire les cadres unitaires existant en capacité de mobiliser et renforcer la solidarité concrète et politique.
Nous renforçons et déployons dans tous les comités notre campagne contre le militarisme et les impérialismes avec comme perspective l’organisation de la manifestation contre le G7 le 14 juin prochain. Un premier bilan de cette campagne sera fait au prochain CPN.
La question de la Palestine reste centrale dans la construction de notre solidarité internationaliste.
Le bilan des mobilisations du 28 mars est mitigé montrant la nécessité de donner un nouveau souffle au mouvement.
Les actions de solidarité avec la Flottille peuvent jouer ce rôle et vont être primordiales dans notre activité des prochaines semaines. La date du 16 mai devra être l’occasion d’une large mobilisation en commémoration de la Nakba. La mobilisation contre la loi Yadan dépasse désormais les 500.000 signatures et a forcé le PS à reculer sur son soutien à l’Assemblée.
La répression est de plus en plus féroce sur les militant.e.s propalestienNEs : O.Zemmor, R.Hassan en sont deux exemples récents. Nous restons solidaires des répriméES et seront présentEs lors des rassemblements devant les tribunaux.
Nous continuons à participer aux initiatives de convergences internationales : suite de la conférence de Porto Alegre, Rencontres écosocialistes du 15 au 17 mai 2026, contre G7, sommet de l’OTAN à Istanbul en juillet 2026, conférence sur l’Ukraine courant 2026.
Situation nationale
Alors que les plus pauvres subissent de plein fouet les effets de cette crise internationale, en France les sociétés pétrolières, les États rentiers et les marchands d'armes engrangent des profits records. Cette crise nous permet de relier les attaques contre la sécurité sociale et le monde du travail — licenciements, offensives sur le travail les 1er mai — à nos luttes internationalistes.
L’impérialisme français est lui aussi lancé dans une course à la militarisation, du « réarmement démographique » à un nouveau porte-avion à 10 milliards d’euros. Cette marche à la guerre se traduit également par une intrusion de l’armée à l’école, d’une ampleur jamais vue depuis la première moitié du 20ème siècle : cours d’auto-défense, classes labellisées « défense » ou « défense et sécurité globale » en collèges et lycées, ainsi que des partenariats de toutes sortes entre établissements scolaires et ministère de la défense…
Le militarisme promu par Macron et la bourgeoisie renforce le nationalisme et alimente la montée de l’extrême-droite. Dans ce contexte, la mort du militant fasciste Quentin Deranque a fortement marqué la dernière séquence politique et certainement influencé les élections municipales.
Fascisation et polarisation
Les premiers jours après la mort de Deranque ont donné lieu à un déferlement de haine et à un renforcement d’une tendance déjà lourde autour de la diabolisation et la « cornerisation » de LFI et des antifascistes qui seraient devenus « les vrais antisémites et les vrais violents ». « les vrais racistes ce sont les antiracistes ».
La situation qui a touché la Jeune garde nous interpelle évidemment. Dans la période, il faut continuer à maintenir notre ligne et soutenir les camarades. La politique visant à isoler LFI est très inquiétante politiquement. Nous nous positionnons contre cette tentative d’élimination de la gauche de rupture en cours au moins depuis le 7 octobre, d'd’’autant plus avec la politique du PS qui rejoue les deux gauches irréconciliables, comme on l’a vu pendant les municipales, en particulier à Paris et Marseille.
Les digues sautent. L’union des droites sous domination du RN se précise, notamment dans la séquence des municipales. Le refus de Retailleau de donner une consigne de vote au deuxième tour à Nice en donne un nouveau signe très visible, alors qu’Estrosi avait le soutien officiel de LR face à Ciotti.
Bilan des municipales
De ces dernières semaines ressortent des tendances nationales mais également des dynamiques de fractures ou de recompositions en fonction des situations locales.
L’extrême droite progresse au niveau national et augmente son nombre d’élus municipaux à la suite de cette élection. Elle confirme fortement son implantation dans les villes où elle était déjà majoritaire. Elle progresse dans les petites et moyennes villes (3000 à 20 000) avec des scores moyens de plus de 25%. Alors que, dans les grandes villes, elle ne dépasse pas les 15% en moyenne. Cela représente un point d’appui et d’ancrage local pour elle dans la perspective des présidentielles.
Le 1er Mai, le RN tiendra son meeting national à Mâcon, en Saône et Loire, dans un département où il a obtenu 3 députés en 2024. Le choix du lieu, bien que fixé avant la mort de Deranque, n’est pas anodin, du fait de sa proximité à Lyon, et poursuit son investissement dans la ruralité.
Pour ce qui nous concerne, là où des campagnes ont été menées par nos camarades il ressort le bilan partagé d’une dynamique réelle et positive pour la construction de notre organisation : nouveaux contacts ou adhérents, lancement d’un nouveau comité, une surface élargie auprès des autres collectifs et organisations de gauche radicale sur la ville, des liens parfois resserrés avec les autres forces des listes unitaires, une activité redynamisée et tournée vers l’intervention locale… et onze camarades éluEs dans des conseils municipaux !
Pour renforcer le résultat positif de nos campagnes municipales nous allons mettre en place une structure d'accompagnement de nos éluEs.
Il est notable que, de façon inédite, certainEs camarades sont éluEs dans des majorités municipales. Cela renforce le besoin d’un cadre collectif d’échange pour nos éluEs qui intègre également des camarades, ancienNEs éluES fortEs de leur expériences.
Il doit nous permettre d’échanger politiquement, de pouvoir valoriser leur travail et enfin rapidement de mettre en place un cadre de formation dédié.
Partout où nous nous sommes présentéEs, il est important de mettre en place les conditions permettant aux gens qui ont fait la campagne avec nous de pouvoir continuer à le faire et accueillir celles et ceux qui veulent rejoindre le NPA-A.
Le stage d’accueil pour les nouvelles-nouveaux, qui aura lieu du 14 au 17 mai, est un outil utile de ce point de vue.
L’autre tendance nationale qui ressort des municipales est que malgré une campagne politique et médiatique très agressive contre elle, la LFI et plus largement la gauche de rupture et l’extrême gauche ne sortent pas affaiblies de cette séquence.
Dans la rue également : à Lyon le milieu antifa ne s’est pas fait écraser suite à l’épisode Deranque. En témoignent les 12 000 manifestantEs qui se sont mobiliséEs contre le fascisme à Lyon le 14 mars dernier. Partout des jeunes s’organisent pour construire des cadres antifascistes et marque, de ce point de vue, une augmentation de la conscience antifasciste qui doit être un point d’appui.
Il est important également de noter le succès national de la mobilisation féministe du 8 mars.
A ce titre, nous nous réjouissons également de la manifestation de sursaut antiraciste ayant rassemblé 20 000 personnes à Saint-Denis en réaction aux attaques racistes et négrophobe subies en particulier par les éluEs de la FI de la Seine-Saint-Denis
Bien que très limités, localisés, et sectorisés, il existe des mouvements et des grèves partout en France. Sans se faire d’illusions, ce sont des points d’appuis et des éléments symboliques importants, même si ces mobilisations ne posent pas de perspective de mobilisation nationales. En particulier en l’absence de perspectives posées par l’intersyndicale nationale.
Par exemple, la mobilisation dans l'éducation nationale contre les suppressions de postes, de classes et d’écoles début avril à montré des capacités de résistance réelles. Cela repose sur la colère de la base et le volontarisme de certaines équipes militantes, de directions syndicales intermédiaires et de la FCPE. Cependant, elle a révélé aussi un manque d'enthousiasme collectif face au rouleau compresseur du pouvoir, et les directions syndicales nationales se sont contentées du service minimum. Cet état de fait s’explique en grande partie par l’absence de perspective politique alternative à l’austérité.
Sur les questions sociales et en particulier des salaires et des emplois, plusieurs grèves sectorielles ou locales existent dans nos villes, dans le public comme par exemple dans le secteur social (grève victorieuse des éducs de rue en Loire Atlantique), la culture ou les bibliothèques comme au Museum d’Histoire Naturelle, ou dans le privé comme à Prisma. Nous essayons évidemment de construire et soutenir toutes ces luttes.
Enfin, certaines grèves petites mais très symboliques émergent et nous tentons de les visibiliser pour ce qu’elles représentent politiquement, à l’image de la grève des coiffeuses du boulevard de Strasbourg. Elles sont en grève depuis plus d’un mois maintenant contre leur patron voyou qui ne leur versait plus de salaires depuis des mois, mentait sur le fait de mener les démarches de régularisation auprès de la préfecture. Cette grève, à l’exemple de celles des femmes de chambre des hotels de luxe, concentre les enjeux de lutte sociale, antiraciste, féministe.
Construire un front antifasciste
Nous avons pris l’initiative de lancer un cadre via notre appel public, un autre cadre, sans les organisations politiques, est en cours de construction. Il nous faudra voir comment articuler les différentes initiatives.