Publié le Mercredi 30 septembre 2026 à 21h35.

Résolution politique - CPN des 26 et 27 septembre 2026

Résolution sur la situation politique adoptée lors du Conseil Politique National du NPA-L'Anticapitaliste des 26 et 27 septembre 2026.

1. La crise s’accélère

 

1.1 Recomposition internationale

La première puissance impérialiste ne parvient plus à réguler le monde. Enlisé dans sa guerre contre la République islamique d’Iran, Trump se trouve confronté à la fermeture du détroit d’Ormuz et maintenant à celui de Bab el Mandeb. Les conséquences sont majeures, avec notamment les blocages du transport maritime d’hydrocarbures. D’autre part, les attaques iraniennes contre les pipelines en Irak et les attaques des Houthis du Yémen contre les pipelines saoudiens accentuent la pression sur l’économie mondiale et accélèrent la crise inflationniste dont on ne connaît pas la fin.

Incapable de protéger les pétromonarchies du Golfe, l’impérialisme étatsuniens montre ses faiblesses. Trump se trouve piégé dans une guerre impopulaire dans son propre pays , et on voit monter une opposition de gauche dans le camp démocrate, qui se renforce contre les politiques racistes et la mise en place d’un régime autoritaire et antidémocratique. Cette situation ne sera pas sans conséquences sur le résultat des élections à mi-mandat qui se dérouleront dans quelques semaines. aux Etats-Unis.

L'État d’Israël poursuit sa politique génocidaire à Gaza dans un silence assourdissant. La bande de Gaza a subi un été catastrophique du fait de la chaleur et des conditions de vie, toujours à la limite de la famine. En Cisjordanie, les attaques de colons se multiplient et l'État israélien a mis en appel d'offres à construction des centaines de lots sur le couloir E1 menaçant de couper la Cisjordanie en deux.  En outre, malgré un “cessez le feu”, Israël continue son agression contre le peuple libanais et ses bombardements en Syrie. Les élections générales approchant, tous les partis du spectre politique redoublent de surenchère sur le dos des Palestiniens montrant de manière éclatante le projet colonial et génocidaire. Les révélations sur Netanyahou l’ont affaibli mais l’opposition à celui-ci n’a pas de projets différents. Du côté de l’AP, celle-ci a annoncé des élections pour fin novembre sans qu’on arrive à imaginer comment elles pourraient se tenir. Elles sont d’ailleurs à hauts risques pour Abbas et sa clique car une coalition large s’est formée contre sa politique. La France a d’ors et déjà donné son soutien à l’AP en condamnant le Hamas donnant par là le futur “vainqueur” de cette élection. Cependant, devant les exactions et la pression du mouvement de solidarité, plusieurs pays dont la France ont décidé d’interdire l’importation de produits des colonies. Même s’il s’agit juste de se conformer au droit international, cela reste un coup dur pour Israël. La mise en œuvre opérationnelle de cette mesure reste à démontrer mais il s’agit d’un point d’appui. Il s’agit d’une encoche de plus dans la légitimité d’Israël qui n'arrête pas de prendre des revers sur le plan de l’image. L’exemple de la tournée américaine de Ed Sheeran en est un éclatant exemple.  

La Russie a profité des difficultés de l’impérialisme états-unien pour amplifier ses attaques contre l’Ukraine, sans pouvoir masquer ses difficultés et ses impasses. Poutine compense l’échec de ses offensives sur le front, par des bombardements toujours plus massifs sur les infrastructures civiles, rendus plus efficaces depuis que Trump freine les livraisons de missiles antiaériens. La guerre de Poutine apparaît donc de plus en plus comme une guerre d'usure, dans laquelle aucun des protagonistes ne dispose d'une capacité évidente à imposer rapidement une solution. Cette situation contribue à prolonger l'instabilité européenne et à renforcer la militarisation du continent. Mais le peuple ukrainien conjugue toujours plus clairement lutte de libération nationale et contestation de toutes les mesures antipopulaires du gouvernement Zelensky et des oligarques, comme on l’a vu plusieurs fois depuis cet été.

Face aux difficultés croissantes de Trump, la Chine cherche notamment à renforcer son autonomie économique et technologique tout en développant ses relations avec les pays du Sud global, notamment au travers de ses alliances diverses comme les BRICS ou l’Organisation de Coopération de Shanghai. Agissant comme une puissance impérialiste, la Chine impose de plus en plus des mécanismes d’échange inégal avec ses “partenaires commerciaux” que ce soit avec l’Iran, la Russie ou les pays du continent africain. A l'instar des autres puissances impérialistes la Chine poursuit sa course à l'armement. Son budget militaire est passé de 40 milliards de dollars en 2020 à 336 milliards de dollars en 2025 (contre 320 milliards pour les USA en 2020 et 954 milliards en 2025, les États de l’UE sont passés de 198 milliards à 418 milliards et la Russie de 62 milliards à 190 milliards dans le même temps). Partout, les budgets de l’armement s'envolent et les politiques militaristes se développent

L’Amérique latine est un espace où Trump se prévaut de victoires, au Venezuela où après le kidnaping réussi de Maduro il accroît sa mainmise sur les ressources pétrolières du pays, au Pérou et en Colombie où des présidents de la droite extrême ont gagné des élections, contre Cuba qu’il s’efforce d’étrangler chaque jour un peu plus. Les élections au Brésil des 4 et 25 octobre prochain où Lula est menacé par Bolsonaro fils vont être déterminantes dans la confirmation ou le frein mis aux avancées de l’impérialisme US dans le continent. 

1.2. L’été 2026 a mis au premier plan la crise climatique

La crise climatique est hors de contrôle, les limites écologiques sont atteintes, les conséquences du changement climatique sont de plus en plus graves et de plus en plus fréquentes : canicules, incendies, inondations, vents violents.

Ces phénomènes ne constituent pas seulement un désastre environnemental. Ils ont des conséquences économiques et sociales considérables : surmortalité, accidents du travail, destruction d'infrastructures, pertes agricoles, tensions sur l'eau, hausse des coûts alimentaires et énergétiques, déplacements de populations et aggravation des inégalités. Les classes populaires sont, partout, les premières à subir ces conséquences. Plus globalement, la crise climatique met en danger le vivant sur la planète : les animaux non-humains ont payé un lourd tribut dans les feux de forêt ou dans les élevages surchauffés (2 à 3 millions de volailles mortes). 
 

1.3. Les risques de crise financière sont de nouveau très présents

La situation économique est marquée par des déséquilibres importants et croissants : dette publique, dette privée, bulle de l’IA, crise des prix de l’énergie et des matières premières, inflation, etc. Le danger est donc celui d'une combinaison particulièrement difficile à gérer pour les classes dominantes : inflation persistante, ralentissement économique, endettement élevé et instabilité financière... tout ceci génère une colère sociale qui peut avoir des expressions explosives dans les pays du centre capitaliste comme dans les pays du Sud où la Gen Z se révolte régulièrement.

 

1.4. La bourgeoisie fonce dans le mur en cherchant à continuer la libéralisation

 Face à ses crises multiples, les bourgeoisies se rallient aux solutions autoritaires et font le choix de l’extrême-droite. En France, nous avons l’union des droites et la polarisation à droite toute du centre. Enfin, les idées de l’extrême-droite pèsent sur l’ensemble du champ politique et imprègnent déjà largement l’arsenal législatif et le débat parlementaire (cf. loi permis de tuer par exemple).

Au total, ces différents éléments ne sont pas indépendants. Ils agissent de manière combinée. La recomposition géopolitique, la crise climatique, les tensions énergétiques et les fragilités financières tendent à se renforcer mutuellement. C'est probablement l'un des traits essentiels de la période actuelle : nous ne sommes pas confrontés à une succession de crises séparées, mais à une crise systémique, dans laquelle les dimensions économique, écologique, sociale et géopolitique s'alimentent réciproquement. 

2. En France, la crise entraîne aussi une rentrée sociale active sur tous les fronts 

La rentrée est en effet marquée par une colère sociale qui prend ses racines dans les violences sociales et politiques des classes dominantes. Une série de mobilisations de nature variées sur des terrains divers sont à l‘agenda :

 

  1. La mobilisation reprend les lundis pour des mesures contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants (voir le projet de résolution proposé au débat et au vote du CPN)
  2. La mobilisation des 19-20 septembre contre la loi “permis de tuer” et les violences policières a été plus forte qu’attendu, avec des cortèges jeunes et dynamiques. Elle montre qu’il existe une forte disponibilité pour la construction de cadres contre la fascisation. La réussite de cette mobilisation appelle des suites en liant les questions anti racistes, anti islamophobie, contre la répression d’État mais aussi la régularisation de tou-tes les sans papiers remise sur le devant de la scène par les événemens dramatiques de Ceuta
  3. La mobilisation sur le climat : Les manifestations du 26 septembre ont été largement suivies dans de nombreuses villes et de nombreux villages, également , (la crise de l’eau ayant plus fortement touché les zones rurales ) et par des assemblées de discussion. C’est l’opportunité de développer un discours anticapitaliste, de défendre notre projet écosocialiste et de faire le lien avec la mobilisation du 29 et celle du 17 octobre en repartant du slogan de la fin de la mobilisation des Gilets jaunes “fin du monde, fin du mois, même combat”. Les réponses du gouvernement à l’augmentation du prix des carburants sont insuffisantes socialement et participent de l’accélération de la crise climatique. A contrario de ce qui est fait, nous défendons la gratuité des transports, le redéploiement du fret, les circuits courts, un plan de sortie de l’élevage intensif, le démantèlement de l’industrie de la viande et des produits laitiers, le développement d'une agriculture végétale paysanne respectueuse de la terre et des travailleureuses, le projet de la S.S.A,… Sur l’énergie, l’arrêt pour 1 an de l’EPR de Flamanville et toutes les mises à l’arrêt de centrales de cet été en lien avec les débits d’eau insuffisants démontrent, s’il le fallait encore, la nécessité de sortir du nucléaire. Sur la canicule, nous mettons en avant l’urgente nécessité de mettre un coup d’arrêt aux émissions de gaz à effets de serre en plus de mesures qui permettent de réduire les inégalités sociales face au dérèglement climatiques et de protéger l’ensemble de la population : rénovation des bâtiments qui accueillent du public (écoles, hôpitaux, EHPAD…), plans de rénovation et de construction massive de logements collectifs, végétalisation et dé-bitumisation de tous les espaces qui peuvent l’être, développement des transports publics gratuits, protection des cours d’eau et préservation de la circulation naturelle de l’eau contre les bassines de stockage, etc.  
  4. La mobilisation du 29 septembre pour la défense des services publics et des salaires arrive dans un contexte intersyndical rendu compliqué par les élections professionnelles, mais rencontre un écho et peut cristalliser la forte colère des salarié·es de la FP. Si cette journée apparaît dans un premier temps comme la traditionnelle journée de rentrée syndicale, le contexte d’attaques violentes contre les services publics (notamment les fermetures de nombreux bureaux de postes ou l’état désastreux de l'hôpital public) ainsi que l'explosion des prix des carburants, de l'énergie et surtout de produits alimentaires peuvent donner une autre tonalité à cette journée. Les attaques contre les congés maladies et pour l’augmentation du temps de travail (5e semaine de CP, RTT, repos compensateurs…) sont aussi des éléments qui font monter la colère dans un contexte d'intensification du travail. Nous devons construire le lien entre public et privé en travaillant plusieurs aspects : la dégradation des services publics a des conséquences sur les conditions de travail des agent-es mais aussi l’accueil des usager-es ; les salaires tirés vers le bas dans la fonction publique comme dans le privé ; la pénibilité du travail ; les attaques contre la protection sociale… Sur ce dernier point, le vote du budget de la Sécurité sociale sera une échéance politique qu’il faut arriver à faire sortir du huis clos de l’assemblée pour la porter dans la rue. Nous portons la nécessité de donner la priorité budgétaire aux besoins sociaux, à la protection sociale, aux services publics et pas à l’armée et aux forces de répression ni aux exonérations et autres cadeaux aux grandes entreprises. 
  5. Le mois de mobilisation sur la Palestine en octobre est exceptionnel. Le front, à l’initiative d’Urgence Palestine, est à la fois inhabituellement large (UP, AFPS, BDS, Stop Arming Israel, CGT, FSU, Solidaires, LFI, CGT…) et sur un contenu radical. Il s’agit de multiplier, au cours du mois d’octobre, les actions pour « désarmer Israël », c’est-à-dire de s’opposer à la fabrication d’armes, mais aussi à toutes les collaborations avec le régime génocidaire. Les actions peuvent être multiples : grèves, blocages, diffusions de tracts, AG de débats, etc. Cela en ciblant particulièrement les lieux de travail. Le mois de mobilisation est ouvert par un meeting le 1er octobre à la Bourse du travail de Paris et par les manifestations du 10 octobre. Ces actions sont une priorité pour l’organisation car elles permettent de réaliser une large unité sur la Palestine, sur un contenu offensif (fin des collaborations, sanctions…), tandis que la très large unité permet de s’adresser à toutes les organisations pour leur proposer d’agir. En particulier, en tant que militant·es internationalistes, unitaires et lutte de classe, nous avons la responsabilité de créer des liens entre les collectifs Palestine et les syndicats. Ces liens sont très utiles sur la durée et sont une opportunité de pousser des questions politiques dans nos syndicats sur la finalité de la production qu’elle soit industrielle ou intellectuelle.
  6. Le 17 octobre reste à l’heure actuelle une incertitude : nous suivons avec attention l’évolution de la situation et poussons pour que puisse s’exprimer avec force la colère sociale. Les appels émergent de différents cadres hors mouvement ouvrier traditionnel et rencontrent un écho significatif dans un contexte d’inflation importante. Il pourrait constituer une suite aux mobilisation du 29 qui permette d'agréger la colère au-delà de la fonction publique. Les organisations syndicales doivent s’en saisir pour tenter de faire converger la colère populaire et le mouvement ouvrier traditionnel.
  7. Mobilisations antifasciste au moment du Congrès du RN les 24 et 25 octobre : dans le cadre national nous défendons l’idée d’une mobilisation de masse et nous avons pour objectif que des cars partent de toutes les villes se situant à une distance acceptable. Dans les régions plus éloignées nous pouvons envisager des mobilisations régionales. Cette mobilisation est l’occasion de consolider les cadres antifascistes existant, de les élargir et d’en construire là où ils n'existent pas, d’ancrer l’activité autour d’une action militante concrète et large. 

         8. Le budget Lecornu s’annonce violent et va également polariser le débat et la situation sociale et politique. Les 54 milliards d'économies annoncées sont clairement axés contre les classes populaires : aide au logement, assurance maladie, retraites, budgets des collectivités territoriales… Aucune remise en cause des aides aux entreprises, aucune perspective de remise en place d’une quelconque taxation des riches, etc. Le vote du budget ne trouvera sans doute pas de majorité à quelques mois des présidentielles, personne ne souhaitant être associé au camp macronisme sortant. Nous pouvons saisir les dates des votes à l’assemblée pour tenter de globaliser l’opposition à la politique du gouvernement et aux attaques en cours, pour dénoncer l’inaction climatique et éventuellement les coups de forces antidémocratiques du pouvoir. Dans la bataille contre l'extrême droite, la question des cotisations, de la sécurité sociale, de la solidarité nationale, de la lutte contre les inégalités,  pour la justice sociale et climatique et l’égalité des droits, vont être des axes essentiels pour dénoncer les ressorts de la fascisation et l’imposture sociale du RN.  Nous prenons toute notre place dans la contestation de cette politique de casse sociale et construisons la mobilisation et les expressions sociales et politiques contre le gouvernement.

Notre tâche en tant que militantEs révolutionnaires est bien sûr, de participer et de construire ces mobilisations. Notre rôle est également de tisser des liens entre elles, de politiser la conflictualité sociale et d’amplifier la contestation du système et la conscience anticapitaliste. Nous devons combattre les solutions autoritaires et racistes portées par la droite et le RN qui portent une forme de domination encore plus violente de la bourgeoisie, en proposant notre politique de Front antifasciste. Nous devons mettre en avant nos mesures d’urgence et transitoires en remettant en cause le mode de production productiviste et extractiviste responsable du réchauffement climatique, de l’accroissement des inégalités et de la misère, des guerres. Nous devons mettre en lumière les liens entre la crise sociale et la crise climatique. Nous devons tisser des liens entre les formes de mobilisations traditionnelles et les expressions de la colère sociale qui peuvent prendre des formes diverses, notamment autour de la date du 17 octobre. Nous devons construire des ponts et chercher l’unité de notre camp social et de ses organisations. 

 

3. Construire le front antifasciste 

 

 

3.1. Dans le monde, une internationale d’extrême droite prend le pouvoir

Signe des temps : l’AfD est devenu en Allemagne le premier parti d’extrême droite à diriger un Land depuis 1945. Partout, les classes dominantes sont tentées par les solutions autoritaires et racistes. Ces extrêmes droites ne se cachent plus de vouloir s’entraider au niveau régional ou international, quelles que puissent être les dissensions entre elles, elles comprennent leurs intérêts partagés et s’activent : ingérences électorales, soutien économique, domination idéologique via la possession de médias… L'étau se resserre, mais les résistances sont fortes : on peut le voir en Allemagne où une maire Die Linke, d’origine turque et propalestinienne a été élue. Les structures et mobilisations unitaires sur les questions internationales (Palestine, Iran, Ukraine, Cuba, Soudan, Sahara Occidental, Kanaky, etc.),  sont des points d’appui essentiels, conjuguant anti-imperialisme et lutte contre toutes les oppressions, dans l’élaboration d’un internationalisme par en bas, indépendant des États, de politiques antifascistes, antiracistes et anticapitalistes conséquentes, entraînant des tâches d’insertion et d’éducation militante pour nous, et la recherche d’initiatives militantes internationales de plus grande ampleur.

 

3.2. En France, 2027 l’année de tous les dangers

Nous assistons à un concours nauséabond de propositions racistes et autoritaires : Attal, Philippe, Retailleau et Le Pen rivalisent d’islamophobie avec le reste de la classe politique. Le RN est plus puissant que jamais, sans même réellement faire campagne, et il en donne le ton (cf son référendum sur le voile). Les sondages donnent une très nette avance au RN avec presque 35 % pour le 1er tour de la présidentielle et des réserves importantes pour le second tour. Même s’il faut toujours se méfier des sondages, ceci est historique. L’extrême-droite française est pour la première fois de son histoire en position de remporter les élections présidentielles.

Cette menace s’inscrit dans un contexte de fascisation : ancrage dans l’appareil d'État et de manière massive dans la police et la gendarmerie, réorganisation des média, radio et télé publique, des maisons d’édition, etc… Campagne sans presse autonome et indépendante et aux mains de milliardaires d'extrême droite. 

Nous sommes dans une situation inédite post-Seconde Guerre mondiale, qui valide notre politique de construction d’un front antifasciste large.

 

3.3. Construction d’un front antifasciste

Si l’extrême-droite se développe, la gauche de rupture polarise aussi, comme l’ont montré la victoire de Mandani à New-York et celle de Die Linke à Berlin. Face au danger fasciste, la gauche de rupture apparaît de plus en plus comme une force d’alternative et de résistance.

La construction du front antifasciste se fait à la fois par en bas et par en haut. À la base, il est souvent plus facile de construire concrètement des comités locaux contre l’extrême droite, sous des formes qui peuvent être localement très différentes, mais qui doivent partout viser à pousser à l’élargissement maximal et dépasser le spectre de la gauche révolutionnaire et radicale. Néanmoins, mieux vaut mettre en place des fronts uniques antifascistes partiels que rien du tout, rassembler les militantEs qui sont prêtEs à s’engager dans cette bataille et qui nous font confiance. C’est aussi un test pour l’avenir. Il s’agit aussi de convaincre le plus largement possible dans notre milieu de voter et de faire voter LFI dès le premier tour, afin d’augmenter les chances que ce parti soit au second tour. 

Celle-ci doit aussi se faire par en haut, dans notre matériel, dans nos expressions publiques, mais aussi dans nos propositions à nos partenaires nationaux et par les initiatives unitaires que nous devons construire.

La construction du front antifasciste est une nécessité stratégique pour faire face à l’extrême-droite et à la radicalisation des classes dominantes. C’est une nécessité qu’il faudra articuler, sans la réduire, à la dynamique de la campagne  électorale. La pérennisation de ce front large avec sa dimension antifasciste et antiraciste mais aussi sociale sera indispensable quel que soit le résultat des prochaines élections présidentielles et législatives. Nous développons ces différents aspects de notre tactique dans notre matériel et articulons ces différents éléments dans nos expressions publiques.

 

4.  Unifier la gauche de rupture

 

4.1. À gauche la situation n’est pas stabilisée : nous devons oeuvrer à l’unité de la gauche de rupture 

Le pôle social-libéral peine à s’organiser autour de sa primaire, les candidatures de Tondelier, de Ruffin ou de Roussel paraissent anecdotique…En revanche, LFI polarise une partie importante de notre camp social et sur un profil anti-libéral et anti-raciste. Cela lui permet d’assurer une dynamique de campagne inédite à ce stade de l’élection, qui écrase la concurrence. La candidature de JLM apparaît comme étant la seule à gauche à pouvoir espérer atteindre le second tour de la présidentielle, mais elle ne rassemble, pour le moment, pas suffisamment pour espérer l’emporter. Si le PCF, EELV ou encore l’Après en portent une part de responsabilité du fait de leurs logiques d’appareil et/ou de leur sectarisme, cela s’explique également par l’incapacité de LFI à proposer un cadre collectif pour une campagne unitaire, liée à sa volonté d’hégémonie sur l’ensemble de la gauche de rupture et du mouvement social, même si cette tendance semble moins prégnante ces derniers mois. Cela  se traduit dans certains milieux militants comme dans les organisations par des réticences à rejoindre la campagne Mélenchon. Pourtant, Mélenchon seul ne peut pas gagner. 

Deux éléments indispensables favoriseraient un saut dans la dynamique de la campagne LFI et son aboutissement à une victoire : 

  • L’irruption du mouvement social, et en cela, LFI et l’ensemble de la gauche de rupture doit se mettre au service de la construction des luttes
  • L’unité de la gauche de rupture autour d’une campagne commune et pluraliste respectueuse de toutes les sensibilités et organisations parties prenantes.

Force prédominante à gauche, LFI doit rassurer l’ensemble des forces disponibles.

À l’heure actuelle nous sommes la seule force à avoir dit se désister en vue de la meilleure candidature de notre camp. L’Assemblée des quartiers est plutôt dans l’expectative et divisée. Alternative communiste, Ruptures, et d’autres groupes de la gauche radicale sont en discussion avec LFI et pour certaines, partagent nos critiques et notre positionnement à l’égard de LFI.

LFI a la responsabilité de lever les obstacles à l’unité. Elle doit clarifier le fonctionnement de son “offre fédérative”, garantir le pluralisme d’une campagne commune, assurer les organisations disponibles d’une juste répartition des financements publics de la campagne présidentielle et législative, permettre à chaque composante d’exprimer son indépendance politique et programmatique dans le cadre de la bataille électorale. Sur ces différents points, les réponses apportées par LFI lors de notre dernière entrevue vont dans le bon sens. Il s’agit maintenant de les transcrire dans un accord. Nous souhaitons, si possible, annoncer cet accord et l’entrée du NPA dans la campagne unitaire au meeting parisien du 4 novembre. Le CPN mandate le CE pour poursuivre les discussions avec LFI et leur transmettre notre proposition financière et sur Rotographie en vue d’aboutir à cet accord qui nous permettrait d’entrer pleinement en campagne tout en garantissant notre indépendance politique.

Notre politique ne se limite pas à la recherche d’un accord avec la FI, nous œuvrons au rassemblement le plus large possible de forces de la gauche de rupture, qui doivent pouvoir ensemble construire un cadre de campagne qui rassemble plus qu’il ne divise. Nous ne nous contentons pas de discussions bilatérales avec la FI, nous poursuivons également les discussions avec l’ensemble des forces de la gauche de rupture, dont LFI. Nous travaillons à une expression commune de ces forces s’adressant à LFI, pour peser dans le sens d’un accord global sur les élections. Dans le même temps, nous cherchons à construire ensemble des initiatives et des prises de positions en soutien aux luttes sociales avec l’arc de force le plus large possible.

Notre objectif n’est pas de nous fondre dans le moule de la FI, mais d’entrer en contact, selon les modalités les plus adaptées aux situations locales, avec les forces militantes que la campagne polarise. 

4.2. Unité et indépendance politique et programmatique

Dans ce cadre, nous devons réaffirmer notre politique de soutien critique. Soutien à LFI, mais critique quand cela nous semble nécessaire, en formulant ces critiques de manière constructive, compréhensible à une échelle large et avec la préoccupation de ne pas apparaître en opposition à la campagne de JLM . Nous défendons la nécessité de l’unité la plus large dans les luttes et dans les urnes pour battre l’extrême-droite, combiné à une indépendance politique et programmatique de notre organisation. Et cela pour au moins deux raisons : 

·       La première est bien sûr celle de notre utilité pour le mouvement social. Nous disons ce que nous pensons être juste car c’est ce que les militantEs qui nous font confiance attendent de nous et c’est ce que nous avons à apporter à notre camp social. 

·       La deuxième est une question d’hypothèse pour l’avenir. Quand bien même ce n’est pas le scénario le plus probable, en cas de victoire de LFI, nous devons nous préparer à mener un combat important pour la mobilisation de notre camp, l’application de l’ensemble du programme, etc.. Nous serons d’autant plus audibles vue notre politique actuelle qui combine unité électorale, unité dans les luttes, construction du front antifasciste et défense d’un programme de rupture anticapitaliste.

Dans nos discussions avec LFI mais aussi dans nos prises de positions publiques nous devons défendre la nécessité de l’unité. Il appartient à LFI de permettre l’initiative unitaire en maintenant une radicalité programmatique et surtout en cherchant à rassembler, non seulement des électeurs mais surtout des militantEs et leurs organisations. Car ce qui sera primordial dans les semaines et mois à venir est la capacité de mener une campagne militante, populaire et radicale.

Parallèlement, nous ne devons pas avoir peur de discuter les propositions de LFI. Nous devons relancer la commission programme, afin de discuter le programme de LFI point par point, par exemple dans notre hebdo ou notre revue. Nous devons également regarder attentivement sa proposition de Constituante, et lui répondre, sachant qu’en cas de victoire de LFI, ce point sera déterminant pour nous comme vecteur potentiel de l’auto-organisation. Contrairement à LFI, nous devons dans notre matériel aller plus loin, et défendre quelques mesures transitoires : sur l'échelle mobile des salaires, le blocage des prix, les gratuités, et du temps de travail, les retraites, la sortie du nucléaire, la réquisition des entreprises, etc. 

Enfin, l’Institut La Boétie (ILB) est particulièrement actif actuellement. Des  pistes pour lui répondre seraient d’organiser des débats sur les aspects institutionnels et stratégiques, notamment: par exemple, un débat entre le Centre d’études marxistes (CEM) et l’ILB, ou des débats dans les villes à partir du livre l’État et la révolution citoyenne, avec notamment la participation de nos camarades impliqués dans sa rédaction, ou encore sur la base du livre d’Olivier Besancenot sur le présidentialisme.

Quoi qu’il en soit, nous conservons notre totale indépendance programmatique pendant tout le déroulé de la campagne et au-delà. L’unité n’est ni l'alignement ni l’effacement.

 

5. Conclusion : le profil politique du NPA-l’Anticapitaliste dans la période et nos tâches

Nous continuons à décliner notre profil unitaire et révolutionnaire dans la période.

 

5.1. Profil unitaire

Nous participons à des cadres de luttes unitaires féministes, antifascistes, antiracistes (AdQ), écologie radicale (SLT etc..) et anti impérialistes. Notre but est de favoriser les convergences, en particulier dans la perspective de la construction d’un Front antifasciste, que nous concevons comme le rassemblement le plus large possible de l’ensemble des forces et des militant.es progressistes. Les luttes sur les questions sociales seront au cœur de cette rentrée : emplois, salaires, sécurité sociale, inflation (prix du carburant), 17 octobre… L’activité syndicale revêt de ce fait une importance capitale dans notre capacité à faire des liens.

Les modalités d’un accord de rassemblement autour de la candidature JLM se feront (ou pas) en fonction de timings que nous ne maîtrisons pas : attente du vote du PCF, des Verts et des différents positionnements à gauche. Dans tous les cas de figure, nous travaillons localement comme nationalement à un rassemblement le plus large possible de la gauche de rupture, en prenant des initiatives pour ce faire : rencontres avec l'ensemble des forces susceptibles de s'engager dans la campagne Mélenchon (FI, Alternative Communiste, GES, Les Écologistes, Générations, AdQ, EH Bai, l’Après…), construction de comités unitaires de campagne dépassant les seuls groupes d'action de la FI – en s'appuyant, selon les situations locales, sur les comités NFP qui subsistent ou en créant des structures nouvelles –, et implication des syndicalistes, associatifs et non-encarté·es qui se retrouvent dans cette dynamique.

LFI cherche déjà des profils médiatiques pour ses futurEs députéEs. Pour notre part, nous considérons que les campagnes présidentielle et législatives doivent être l’occasion de construire l’unité de notre camp social et celle de la gauche de rupture par la mise en place d’une campagne commune plurielle et unitaire. Les législatives, ne doivent pas se traduire par des candidatures décidées unilatéralement par la FI et une ouverture réservée à des personnalités, dans une logique de fidélité féodale. C’est ce que nous devons également mettre en avant, en considérant que les rythmes ne doivent pas être forcés, d’autant que la campagne des législatives aura un profil politique très différent selon les résultats de la présidentielle.

 

5.2. Profil révolutionnaire

Nous pensons toujours que dans la période, les acquis du marxisme révolutionnaire sont fondamentaux, non pas comme un totem mais parce qu’ils peuvent servir de boussole à notre camp social. En particulier, nous argumentons sur la nécessité d’une véritable auto-organisation et démocratie ouvrière.

Nous développons notre programme écosocialiste articulé à des mesures d'urgence dans le cadre de la campagne et à des revendications qui portent la question de l’incursion dans la propriété privée, qui remettent en question le pouvoir économique et politique des classes dominantes. Nous avons pour objectif d'intervenir au cœur de la lutte des classes en étant présent-es dans les quartiers populaires et sur les lieux de travail et d’études et dans la même perspective, nous poursuivons la construction des mobilisations anti-impérialistes et y défendons nos mots d'ordre comme le soutien à la résistance armée et non armée de peuples, le droit à l'autodétermination, etc. Nous mettons en avant notre profil indissociablement antifasciste, antiraciste et anti islamophobe, féministe, antiLGBTIphobies. 

3. Nos tâches

Nous construisons les mobilisations contre les violences policières, écologistes et sociales en menant notre campagne pour un Front antifasciste large. Nous nous appuyons sur les luttes réussies contre les violences policières du weekend du 19-20 septembre que nous prolongeons. Cela passe notamment par une centralisation par la direction des expériences, par l’organisation concrète de la mobilisation contre le congrès du RN, par exemple en envoyant des bus, dans les régions qui ne sont pas trop éloignées. 

Par la participation aux mobilisations contre les violences sexuelles, mobilisations dans lesquelles nous défendons notre orientation féministe (voir résolution spécifique). Cela passe aussi par une campagne spécifique contre le racisme et l’islamophobie pour contrer la campagne du RN, tout en dénonçant son imposture sociale, qui sous couvert de quelques mesures symboliques sur le plan social et économique, défend une politique d’austérité qui rassure les marchés.

En termes de matériel, cela implique la production d’affiches et d’autocollants pour nos réunions publiques. Un moment d’étape important sera le meeting parisien du 4 novembre pour décliner ces orientations. Enfin, d’ici la fin de l’année nous organisons des meetings dans différentes villes pour défendre notre orientation. Ces meetings peuvent être portés en commun avec des forces de la gauche de rupture ou en propre en fonction des réalités locales. Le NPA-A doit se déployer dans cette période lourde de danger et chargée de potentialité.